Dominique Sadri-Faure

le 26 avril 2020, en confinement au Luxembourg.


Expérience du passage du test Covid 19 au Luxembourg : quelques impressions


(sujet d’actualité !)

 

Introduction :

Je réside au Luxembourg, avec mon mari, luxembourgeois, depuis 20 ans, partageant mon temps entre le Luxembourg, Paris où je suis née et où j’ai passé les 45 premières années de ma vie et l’Auvergne dont ma famille est originaire. Je vais vous relater l’expérience que j’ai faite, ce matin, dans un des centres du dépistage du Covid 19 au Luxembourg, avec quelques notations sur le Luxembourg pour les non Luxembourgeois et dans le cadre de la découverte des voisins européens…

Récit :

Au Luxembourg, il y a 4 centres de dépistage… La chance, c’est qu’il y en a un dans la ville d’à côté, à 4 km (sinon, je n’aurais sûrement pas fait 50 km pour me faire prélever !) où deux tentes ont été montées près du Centre culturel (pour la « culture » en général, pas celle particulièrement du virus). Une chance donc.

Une très grande chance aussi pour le personnel désigné à cette tâche, au nombre de 13, qui n’avait pas vu un seul « client » depuis l’ouverture ce matin et qui s’ennuyait énormément. J’étais une aubaine, une distraction !

Ici, au cœur du récit, j’emploierais bien le passé simple, qui serait de rigueur, mais pour nos éventuels lecteurs non francophones, je vais m’en tenir au… présent de narration. Les puristes me pardonneront !

Après avoir laissé ma voiture au parking, je me présente auprès de la première tente, avec précaution (distances obligent !). Un homme portant l’uniforme de la Force publique (donc un flic), très aimable au demeurant, m’invite à poursuivre mon chemin ailleurs, derrière le centre culturel où l’autre tente était à disposition. Je précise que tout le monde, ici au Luxembourg, parle parfaitement le français, quelle que soit son origine linguistique (car il y a beaucoup beaucoup beaucoup de « non Luxembourgeois », surtout dans le domaine médical.)

Il n’y avait pas un chat, à part ce monsieur de la police. L’autre tente semblait a priori déserte mais, une fois franchis les poteaux indicateurs d’itinéraire et le labyrinthe de sens uniques et interdits, je trouve enfin deux personnes à l’accueil. Je dis « personnes » car, en raison du masque et avant que les gens ne s’expriment, il est parfois difficile de leur attribuer un genre…

On me demande d’enlever mes gants de plastique (ils iront peut-être dans la mer, avec un peu de chance) et de me désinfecter les mains avec une très grosse dose, bien gluante et poisseuse, de gel « hydro alcoolique ». J’avais évidemment mon masque sur le visage. On prend ma température par l’oreille, si je peux dire. pour constater que je n’en ai pas. Puis on me fait signe de me diriger vers un « bureau » où pas moins de 2 personnes, derrière une vitre, sont seulement investies de la tâche, importante certes, d’écrire sur un formulaire ce que dit ma carte de santé (on parlerait en France de « carte vitale »), du point de vue, assez restreint en soi, du nom, de l’adresse et du contact téléphonique.

Puis j’ai attendu un certain temps dans une autre partie de la tente, avec pour entourage 5 personnes. On me badigeonne encore les paumes de la main avec le liquide désinfectant gluant (on en a ici à foison !)  puis on m’observe… Le personnel doit, peut-être, à l’occasion d’hypothétiques « patients », faire des paris sur l’âge des candidats. Enfin, ce serait en tous cas une occupation comme une autre, à même de justifier mon « temps d’attente ».

L’un des 5 me demande ensuite de le suivre dans une petite pièce, de m’asseoir à bon éloignement, et de répondre à ses questions, ce qu’il reporte sur un autre formulaire (non non, on n’est pas dans Astérix aux jeux olympiques !) tout cela est normal. Y compris pour les statistiques. C’était un infirmier bien portant… enfin, « bien portant » je ne sais pas, mais bien gros, c’est sûr ! Il demande mon âge (que, paraît-il, je ne « fais pas », surtout avec le masque sur le bas du visage, qui est le plus « abîmé » par la charge des ans). 67, lui dis-je. « Pardon ? » répond-il, dubitatif… Je répète. Il doute encore, soit de mon habileté à manœuvrer en français avec l’extrême complication du chiffrage, soit de la sienne ? Enfin, il note quand même les 67 annoncés, me demande si je suis à la retraite (par conséquent) et toutes sortes de questions sur les symptômes que je crois avoir et qui motivent mon heureux déplacement dans ce local déserté par la clientèle. Puis il m’invite à aller dans la petite pièce d’à côté où m’attend avec un certain plaisir (je suis un « sujet à distraction ») un jeune médecin chinois sur le visage dissimulé duquel je peux clairement lire un plissage de contentement et de sourire dans ses yeux bridés. Non, on ne se méfie plus des Chinois ici au Luxembourg, les frontières sont fermées depuis beau temps !

Je m’assois encore, à bonne distance, et nouvel interrogatoire, fort aimable, dans un français remarquable. On notera, pour la « culture européenne » que les personnes d’origine étrangère, ici au Luxembourg, parlent non seulement couramment dans leur langue maternelle (ça c’est plutôt courant, en effet) mais encore en luxembourgeois – qui est une langue à part entière bien qu’entièrement à part – en allemand, en français, en anglais, et parfois même un peu en… portugais vu la considérable communauté portugaise qui réside dans ce pays béni (salaires potentiellement meilleurs qu’au Portugal…) Nous avons même eu un ministre portugais, lequel aurait été réélu s’il n’avait pas souffert d’une grave maladie cardiaque.


Je profite de cette allusion à la bonne marche de mon pays d'accueil (et très accueillant) pour vous donner une info instructive sur un des aspects politico-anecdotiques au Luxembourg :
Notre premier ministre – équivalent, pratiquement, au Président de la république en France du point de vue du pouvoir, le Grand Duc (pas l’oiseau, le Grand Monsieur) n’ayant pas plus de portée que celle de la Reine d’Angleterre – notre premier ministre donc, qu’on appelle tout simplement « Le Premier » (et qui s’appelle Xavier Bettel) est un homme jeune, plutôt beau et bien fait de sa personne, que nous avons rencontré lors d’une balade en ville et qui nous a gratifié d’une grand sourire amical… bref, cet homme exquis – et paraît-il très capable – est marié… à un homme. Cela ne poserait en soi aucun problème sous nos latitudes, encore que, en réunion dans des pays étrangers, ce mari tranche un peu parmi le groupe des « premières dames ». C’est donc, en l’occurrence, un « premier homme », marié au « Premier » du pays. Ce « premier du pays » a d’ailleurs fait montre de grand courage lorsque, dans un pays arabe, il a déclaré publiquement que, dans cette contrée, il serait « condamné à la peine de mort » (sic). Il n’est pas sûr que, à travers le monde, il y en ait « deux » comme notre « Premier », ni « deux » comme notre « premier du Premier » !


Mais revenons au test. A la fin de son questionnaire, l’homme de science me dit que l’âge ne fait pas grand-chose à l’affaire car moins de 80 ans ne compte pas trop si l’on a une vie saine, pas de maladie chronique, et qu’on ne prend pas inconsidérément des médicaments (enfin, il ne l’a pas dit comme cela mais je l’ai bien compris!). Je fais donc partie de la cohorte de clients qui ne va pas crever dans les 15 jours qui suivent. De toute façon, ici, dans ce pays béni disais-je, nous avons pléthoriquement des chambres d’hôpital, des masques, des respirateurs, une tente immense dans la capitale, montée spécialement en hôpital et absolument déserte, enfin tout ce qu’il faut pour qu’on me réanime si besoin… (gite "hospitalier", dans les deux sens du terme, machines et accessoires ainsi que le personnel qui va avec, précisons-le, dont les Luxembourgeois font bénéficier leurs voisins européens immédiats moins bien lotis, c'est-à-dire ceux qui se trouvent aux confins du pays, déconfinés pour le temps du voyage! C'est tout à leur honneur!)

Donc, qu’on se le dise, 67 ans et une vie saine, on ne craint rien.

Le médecin est quand même content que je me présente pour le test, notamment pour l’animation. Et pour parfaire son examen et utiliser son temps de travail avec un objectif purement médical, il ausculte mes poumons qu’il trouve en bon état malgré 23 ans de tabagisme à un paquet et demi par jour mais arrêté drastiquement, également, depuis 23 ans. Qu’on se le dise ! Il n’y a plus aucune trace de nicotine sur les radios de l’an passé !

Après quoi il me fait une ordonnance pour aller faire le test dans la première tente près du parking, me fait passer devant un autre bureau de réception (le sens unique interdisant de faire marche arrière) où un autre jeune homme encore plus chinois du regard lui tend une feuille de consigne pour éventuel confinement total (si virus), feuille qu’il a ajoutée aux siennes à destination de la tente-infirmerie où je me rends aussitôt.

Un autre représentant de la maréchaussée (le précédent était peut-être en pause ?) m’accueille et me dirige à l’intérieur de la tente où, une fois n’est pas coutume, une infirmière doit s’occuper de mon test sans parler un mot de français ni d’anglais. Mon allemand dans le domaine médical n’est pas des plus mauvais (comme les mots sont les mêmes dans pratiquement toutes les langues, européennes en tous cas !) mais ça n’allait pas jusque-là ! Le prélèvement en soi, au moyen d’un bâton long comme une perche muni d’un bout de coton au bout, est assez désagréable car il faut aller loin dans les fosses nasales… et des deux côtés, pour être sûr du résultat, lequel me sera envoyé le lendemain par texto.

En sortant, je n’ai pas aperçu âme qui vive en dehors du personnel affecté au test… Il était 11 h et des poussières.

Je précise enfin que la visite médicale suivie du test est entièrement gratuite.

Vu la fréquentation du centre de dépistage d’où je viens, j’entends dire à l’instant qu’il est question qu’il ferme ces prochains jours… Ouf ! Il était temps que je m’y rende !

 

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